Par Lorraine Desjardins, agente de recherche et de communication
Bulletin de liaison, Vol. 32 no 2
En 2002, le gouvernement du Québec a mis sur pied un programme appelé Mesure de soutien aux municipalités désireuses de se doter d’une politique familiale ou de mettre à jour une politique existante. Par le biais de ce programme, le ministère de la Famille mettait à la disposition des municipalités et des MRC (municipalités régionales de comté) une enveloppe de 2 275 000 $ destinée à financer en partie les coûts d’élaboration ou de mise à jour d’une politique familiale municipale (PFM). Cette mesure s’est par ailleurs avérée fort populaire puisque, en 2005, plus de 150 municipalités et MRC s’étaient dotées ou étaient en voie de se doter d’une telle politique. Dans le cadre de ce processus, on suggérait aux municipalités et aux MRC de mettre sur pied un comité famille, pouvant être composé d’élu(e)s, d’employé(e)s, de représentant(e)s du milieu communautaire, de CPE, de la commission scolaire, du CLSC, de policiers et de parents. Or, les organismes communautaires intervenant auprès des familles, dont les associations de familles monoparentales et recomposées, étaient des acteurs tout désignés pour participer à ce type de démarche. Le Bulletin de liaison a donc eu envie de savoir comment ça s’était passé pour quelques-unes d’entre elles. Voici le récit de leurs expériences…
Quand « politique familiale municipale montréalaise » rime avec « économie et démographie »!
C’est le 9 mai 2007 que le comité exécutif de la Ville de Montréal a adopté le cadre de référence de sa politique familiale. En adoptant ce cadre de référence, la Ville cible trois axes, soit l’habitation, le transport et la sécurité publique. Ce cadre représente le résultat d’une concertation entre les 19 arrondissements montréalais et fixe les orientations sur lesquelles l’administration va œuvrer au cours des prochaines années. Il constitue l’un des éléments du projet de politique familiale de la Ville de Montréal, qui comprend les plans d’action locaux développés par les arrondissements et le plan d’action collectif. Le cadre de référence fera l'objet d'une consultation publique menée par l'Office de consultation publique de Montréal cet automne. Le processus de la Ville de Montréal, concernant l’élaboration de sa politique familiale, s’est donc situé à plusieurs niveaux…
Au niveau local, les arrondissements de la Ville de Montréal ont été invités à amorcer leur politique familiale en ciblant des actions prioritaires. Les deux premières étapes de l’échéancier étaient d’inventorier localement les services offerts aux jeunes et aux familles et de mettre sur pied « un chantier famille ». Donc, plusieurs « chantiers familles » se sont formés pour travailler sur l’identification des actions pour la PFM et sur l’organisation et la tenue de consultations locales qui devaient avoir lieu en avril 2007. Cette démarche n’était pas une obligation pour les arrondissements. Donc, si certains se sont prévalus de ces consultations, d’autres arrondissements ont préféré former des comités de travail sans consultation, recycler leur plan d’action déjà existant ou encore ne rien faire! Les mécanismes choisis et l’échéancier très court n’ont pas permis la participation de beaucoup de groupes Famille montréalais, pourtant les premiers concernés! Il en est ressorti des plans d’action locaux ressemblant davantage à « des listes d’épicerie » (plus de bancs dans les parcs, plus d’autobus en dehors des heures de pointe, etc.) qu’à une réelle politique familiale municipale, sans grande volonté politique et, surtout, sans aucun argent supplémentaire! Non que l’aménagement urbain, le transport en commun, l’accès aux logements, la sécurité routière ne soient des préoccupations importantes pour le bien-être des familles, mais il ne suffit pas uniquement de mettre à la disposition de ces familles ce genre d’aménagement pour faire de Montréal une ville « famille »! Encore faut-il les rendre accessibles à toutes les familles!
Au niveau de la Ville centre, l’échéancier a été fixé à janvier 2008 pour qu’il y ait une politique familiale effective à Montréal. La Ville a donc sorti son cadre de référence en mai 2007, indiquant ainsi ses grandes orientations. Le document, peu élaboré, fait ressortir les préoccupations de la Ville centre, qui sont essentiellement démographiques et économiques. Comment garder la population actuelle à Montréal (pour quelle continue à payer des taxes) et comment attirer les jeunes familles et les banlieusards à Montréal (pour qu’ils puissent commencer à en payer)? Nous sommes bien loin des éléments d’une politique familiale pour tous!
La prochaine étape : des consultations publiques qui devraient avoir lieu en novembre. J’y serai, via le ROCFM (Regroupement des organismes communautaires Famille de Montréal) car nous y déposerons un document aux couleurs de notre vision famille. Nous sommes loin des recommandations style « liste d’épicerie » puisque nous tenons à mettre l’emphase sur ce qui caractérise le travail des organismes communautaires Famille auprès des familles : l’accueil des familles, leur valorisation et l’accessibilité.
Laurence Lagouarde, Service d’Entraide Passerelle
Du côté de la MRC Maria-Chapdelaine
La MRC de Maria-Chapdelaine, située dans la région du Saguenay – Lac-Sain-Jean, compte 13 municipalités; la plus importante en terme de population étant celle de Dolbeau-Mistassini avec ses 15 000 habitants. C’est dans cette ville qu’est implantée l’association des familles monoparentales et recomposées La Relance. Comme dans la plupart des processus ayant mené à l’élaboration des diverses politiques familiales municipales au Québec, un Comité famille a été mis sur pied. Ce comité, formé d’élu(e)s municipaux et de représentant(e)s de divers secteurs d’activités, se devait également de s’adjoindre la participation d’organismes communautaires Famille. Or, il s’en est fallu de peu pour que La Relance soit oubliée! En effet, si ce n’avait été de l’intervention d’une organisatrice communautaire du CLSC, les familles monoparentales et recomposées n’auraient même pas eu droit au chapitre! Pourtant, elles ont nombreuses sur ce territoire : en 2001, 1 005 familles monoparentales vivaient dans la MRC Maria-Chapdelaine, représentant 20% des 5 068 familles avec enfants. Heureusement, la MRC a corrigé un peu le tir en affirmant, dans le premier jet de sa politique familiale, que sa « conception de la famille est globale et non restrictive. En ce sens, elle englobe les familles monoparentales, biparentales, adoptives, recomposées, élargies, d’accueil, etc. ».
Lorsqu’elle sera terminée, la politique familiale de la MRC de Maria-Chapdelaine devrait compter 15 objectifs généraux et huit champs d’intervention, dont le « Soutien aux organismes offrant des services aux familles ». Concrètement, cela se traduira par diverses mesures, surtout au niveau des infrastructures. Par exemple, on envisage d’investir dans la rénovation d’une Maison de jeunes et on étudie la possibilité de regrouper l’ensemble des organismes qui offrent des services aux familles sous un même toit. Du côté des mesures à portée sociale, la MRC compte faire une étude afin d’évaluer les besoins en terme de logement social sur le territoire. Pour l’heure, cependant, on priorise l’entretien et la rénovation d’une coopérative d’habitation déjà existante. Du côté du transport en commun, on parle de mettre sur pied un service d’autobus afin de permettre le transport des adolescents à certaines activités les fins de semaines. Malheureusement, pour les autres besoins de transport des familles, peu d’améliorations sont prévues. Il existe déjà un service de transport bénévole (pour les personnes qui ont besoin de se rendre à un rendez-vous médical par exemple), mais les bénévoles qui assurent ce service sont très récalcitrants à transporter des familles avec de jeunes enfants qui requièrent un siège d’appoint. Finalement, du côté des loisirs et de la culture, il semble qu’on travaillera davantage dans le sens d’une réduction des prix que dans le sens de la gratuité.
La version finale de la politique familiale sera déposée dans les prochaines semaines. Tout au long du processus de son élaboration, La Relance s’est assurée que les besoins et les intérêts des familles monoparentales et recomposées soient pris en compte. Mais, il faut bien le dire, le peu de financement dévolu aux politiques familiales municipales a passablement restreint les possibilités réelles d’améliorer la qualité de vie des familles.
Nancy Labrie, La Relance
La politique familiale d’Otterburn Park
La Vallée du Richelieu est composée de quatre municipalités : Saint-Hilaire, McMasterville, Belœil et Otterburn Park. Or, chacune de ces municipalités y est allée de son côté pour élaborer sa propre politique familiale municipale. Bien que mon association soit située à Beloeil, je me suis surtout impliqué, à titre de citoyen, dans l’élaboration de la politique familiale municipale de la ville où j’habite : Otterburn Park. En effet, depuis les tout débuts du processus qui a mené à l’adoption de la politique familiale municipale, je siège au Comité consultatif de la famille. Cependant, il est bien évident qu’à titre de coordonnateur d’une association de familles monoparentales et recomposées, j’ai constamment tenu compte, dans la cadre de mon implication, des besoins et des intérêts de ce type de familles.
Le processus qui a mené à la politique familiale municipale d’Otterburn Park a débuté il y a environ cinq ans. À l’époque, le maire de notre municipalité était très pro famille. Alors, lorsque le programme Mesure de soutien aux municipalités désireuses de se doter d’une politique familiale ou de mettre à jour une politique existante a été mis à la disposition des municipalités, Otterburn Park a rapidement déposé une demande, qui a par ailleurs été acceptée. Puis, un Comité consultatif de la famille a été mis sur pied, composé du maire lui-même, d’une conseillère municipale ainsi que de quelques citoyennes et citoyens, dont moi-même. Les premiers travaux du comité ont consisté à produire une ébauche de politique familiale municipale et à identifier des priorités d’action. Pour nous aider, la municipalité a reçu un soutien technique de l’extérieur, notamment de la part d’un greffier ainsi que du Carrefour action municipale et famille.
Afin de favoriser la participation de la population d’Otterburn Park, trois consultations publiques furent tenues : deux d’entres elles s’adressant aux citoyennes et citoyens et une réunissant les organismes du milieu de la Vallée-du-Richelieu. Un sondage a également été distribué dans les boîtes aux lettres des résidences du territoire otterburnois afin de savoir l’importance accordée par les résidents aux différents aspects de la politique familiale. Par exemple, on leur demandait dans quelle mesure ils considéraient la nécessité d’augmenter la sécurité routière ou la sécurité dans les parcs, comme des éléments prioritaires. Le sondage couvrait également plein d’autres aspects de la vie familiale, tels les transports en commun, les activités de loisirs, le logement, etc.
Le lancement officiel de la Politique familiale municipale d’Otterburn Park a eu lieu à l’automne 2005. Le lancement du Plan de mise en œuvre de cette politique était prévu pour l’automne 2006, mais il a dû être retardé en raison de la tenue d’élections municipales. Le Plan de mise en œuvre n’a donc été rendu public qu’au début de 2007. Parmi les mesures retenues dans la politique familiale, certaines concernent la sécurité des personnes et des biens (des infrastructures sécuritaires pour les familles, une meilleure sécurité dans les lieux fréquentés par les jeunes…), d’autres touchent au transport en commun (faciliter les déplacements par le développement de transport alternatif), d’autres encore visent à faciliter la conciliation travail/famille (l’accès à des ressources en dehors des horaires quotidiens et du calendrier scolaire). Une maison de jeunes a même été mise sur pied (le « Ott Café ») pour offrir aux adolescent(e)s une alternative plus intéressante que simplement traîner dans les parcs. Des travailleurs de rue ont également été embauchés.
En matière de logement, un projet d’habitation à prix modique pour les personnes âgées est en voie d’être réalisé et des mesures visant à faciliter l’aménagement de maisons bigénérationnelles seront mises sur pied, mais il n’y a rien de prévu en terme de logement social pour les jeunes familles. Le Plan de mise en œuvre ne prévoit pas non plus de mesures spécifiques pour les familles monoparentales. Pourtant, ces dernières avaient été incluses dans la définition de la famille présentée dans la politique familiale puisqu’on y lit que la famille «se compose d’au moins un enfant et d’au moins un adulte vivant sous le même toit». Les familles monoparentales sont également mentionnées dans le portrait statistique de la population otterburnoise présenté dans la politique familiale où on apprend qu’elles représentent 14,7 % des ménages et qu’elles sont dirigées à 73,9% par des femmes.
Le Comité consultatif de la famille d’Otterburn Park est toujours actif et s’occupe de voir à la bonne marche de la mise en œuvre de la politique familiale. Il faudra cependant redynamiser un peu ce comité afin que des projets concrets et intéressants pour les familles voient le jour.
Gaëtan Vallière, Bonjour Soleil
Pages reliées :
Qu'est-ce qu'une politique familiale en milieu municipal? et Politiques familiales en milieu municipal par régions, Carrefour Action Municipale et Famille
Survol des politiques familiales au Québec, FAFMRQ, 12.2006
Qu’est-ce qu’une politique familiale municipale au Québec?, Familles en mouvance et dynamiques intergénérationnelles, 10.2005







