De l’air pour les familles!
par Carol Gélinas, ROCFM
On demande aux mères de préparer des repas santé, d’aider les enfants à faire des devoirs de plus en plus compliqués, d’allaiter le petit dernier, de donner le bain, de préparer les lunchs, de jouer à l’infirmière, de faire le lavage, le ménage, le repassage, d’aller reconduire les enfants à toutes leurs activités, de gérer le budget, de s’impliquer dans le comité d’école, d’aller chercher les enfants à l’école à 3h15 de finir de travailler à 5h00… et on leur demande aussi d’avoir une vie sociale, une vie professionnelle et un cheminement personnel, tout en étant des conjointes aimantes et affectueuses!
Et on demande maintenant de plus en plus aux pères la même chose qu’aux mères… puisque être un bon père… c’est être une bonne mère!
On demande aux bébés de marcher à un an, de parler à deux ans et de connaître leur numéro d’assurance sociale à trois ans!
On demande aux enfants d’aller à l’école, de pratiquer régulièrement sport et activité artistique, de profiter des bienfaits du plein air tout en étant des mini-citoyens impliqués et de se garder du temps pour être des enfants parce que jouer c’est magique!
Et on demande encore plus aux familles monoparentales, immigrantes, en situation de pauvreté ou en difficulté, du fait qu’elles vivent avec moins de ressources que les autres.
Les enseignantEs, pédagogues, infirmier(ère)s, nutritionnistes, éducateurs, éducatrices, politicienNEs, employeurs, fonctionnaires, chercheurEs, organismes, médias, parents et amiEs étudient, dissèquent, jugent et émettent toutes sortes d’injonctions aux familles.
Devant toutes ces demandes souvent contradictoires, devant toute cette pression, les familles finissent par se demander quels sont les modèles à suivre et les règles à respecter pour être une «bonne famille».
Pourtant, la famille se porte mieux que l’image qu’on nous renvoie d’elle. A force de lui attribuer les échecs et les maux de notre société, on finit par la percevoir au pire comme une anomalie sociale et au mieux comme un mal économique nécessaire.
Les familles ne baissent pas les bras
Malgré ces demandes et en dépit du sentiment parfois intense de dévalorisation, les parents continuent tout de même à faire des enfants. Ils en font même un peu plus qu’avant puisque le taux de natalité est en hausse au Québec. On constate également que plus de pères que prévu ont pris leur nouveau congé de paternité. Les familles, bien que souvent épuisées et accablées, ne baissent pas les bras. Pourquoi?
Parce que la famille peut maintenant être multiple, plurielle, différente, à l’image des individus qui composent aujourd’hui notre société.
Parce que la famille, ce sont souvent de jeunes mères et de jeunes pères qui choisissent, de plus en plus, conjointement, de faire de leur vie familiale une priorité qui se situe au-delà de leur vie sociale et professionnelle.
Parce que la famille ça peut être un refuge, un port d’attache, un lieu de complicité et d’appartenance, de transmission, un espace de soutien, d’entraide, d’échange, de rires, de plaisirs et de découvertes.
Les familles au cœur de notre société
La famille donc ne va pas si mal que ça mais elle pourrait aller encore mieux si on la reconnaissait, si on lui faisait confiance et si on la soutenait vraiment plutôt que de lui imposer sans cesse de nouvelles normes et de nouvelles obligations.
Nous, du Regroupement des organismes communautaires Famille de Montréal (ROCFM), croyons que la famille ne doit pas être une priorité isolée qui se limiterait à une politique nataliste ou à une pluie de dollars pour créer plus de places en garderie. Nous croyons que des questions comme l’Éducation, l’Économie, l’Environnement, la Santé ou la place des Aînés, sont toutes des questions qui ont un impact direct sur la vie des familles et de ce fait, doivent faire partie d’une politique familiale.
Nous croyons que les familles ont besoin de politiques publiques et d’une solidarité sociale qui vont au-delà du discours politique, qui fait de la «Famille» un bon thème de campagne électorale.
Nous croyons que les familles doivent être reconnues dans toute leur diversité et dans l’ensemble de leurs dimensions pour que ces familles, qui sont au cœur de nos vies, deviennent véritablement au cœur de notre société.
En cette semaine québécoise des familles, le ROCFM nous invite donc tous à réfléchir à la place des familles dans nos vies et invite tous ceux qui interviennent auprès des familles à s’interroger sur l’impact de leurs actions.





