Par Danielle Piché, accompagnatrice, et Michelle Pelletier, directrice de La Petite Maison de la Miséricorde
Bulletin de liaison, volume 35, numéro 1, juin 2010
La mission de La Petite Maison de la Miséricorde est d’accueillir sans préjugé, avec bonté et empathie, des femmes cheffes de familles monoparentales et leurs enfants en les accompagnant pour qu’elles retrouvent leur autonomie, en redécouvrant leurs forces et en rebâtissant leur confiance en elles-mêmes et dans les autres. Plusieurs arrivent à La Petite Maison avec de jeunes enfants, dans un état de détresse et épuisées par leur situation de mère seule, responsable d’un ou de plusieurs enfants. Certaines ont, en plus de se retrouver seule avec l’enfant, à composer avec la réalité de la séparation. La Petite Maison leur offre donc un milieu d’appartenance qui saura respecter leur rythme. L’équipe de La Petite Maison a le sentiment que la femme va beaucoup mieux lorsque nous constatons qu’elle a le goût de s’impliquer à divers projets et qu’elle prend le temps de s’informer de comment vont les autres. Nous pensons aussi qu’une femme qui va mieux est une mère pleinement capable de prendre ses responsabilités parentales.
La philosophie de notre approche
Une approche sans limites dans le temps – Pour nous, fixer une limite, ce serait adopter une approche qui impose au lieu de suggérer, une approche plus directive qu’éducative, allant à l’encontre de notre philosophie, car nous croyons que la personne la mieux placée pour connaître ce qui est bon pour elle est la personne elle-même et qu’elle seule est capable de résoudre ses problèmes. Nous sommes convaincues que chacune a en soi le potentiel nécessaire pour se réaliser et qu’avec une aide, elle est en mesure de récupérer du pouvoir sur sa vie.
Une approche offrant un milieu de vie – Dès la première rencontre, nous espérons que la femme se sentira chez elle. Nous lui faisons faire le tour de la maison, lui présentons chaque personne rencontrée, autant les femmes, les bénévoles que les employé(e)s, et lui parlons des différents services auxquels elle a accès. Pas de questionnaire auquel répondre, pas de dossier à constituer ni de fiche de suivi. Elle est accueillie avec son enfant car il est important qu’elle sente que l’enfant a sa place lui aussi à La Petite Maison. Les femmes qui arrivent à La Petite Maison vivent souvent un épisode d’isolement et notre approche tend à instaurer un lien d’appartenance fort.
Une approche d’accueil sans juger – Il faut respecter profondément la personne que l’on veut aider. Cela veut dire l’accepter telle qu’elle est sans jamais la juger, sans égard à sa race, à ses croyances et même à son passé. Les femmes qui viennent à La Petite Maison sont entièrement libres de venir et de partir. Nous acceptons qu’à certains moments la mère dépassée ne soit plus capable de faire les efforts nécessaires pour s’en sortir. Notre rôle est de l’accompagner pour traverser le plus positivement possible les événements de la vie auxquels elle doit faire face.
Une approche d’adaptation de notre accompagnement – L’accompagnement personnalisé prend différentes couleurs toutes en fonction des besoins de la femme. Tout cela se vit par du renforcement positif, en essayant de lui faire découvrir son potentiel personnel et l’amener vers l’atteinte de son autonomie. Il faut donner le temps à la femme de découvrir en elle-même les ressources et les solutions qui lui permettront de se rendre au bout du chemin. Si la femme est la personne pivot de toute la démarche, celle qui apprend à chercher en elle les solutions et les ressources pour se sortir d’un engrenage pénible, l’accompagnement est l’approche qui catalyse l’énergie. Grâce à un accompagnement respectueux, la femme passe d’un état de détresse qui la rend dépendante à une situation d’autonomie qui lui permet de liquider un passé paralysant, de faire face aux difficultés du présent et d’envisager l’avenir avec confiance.
Une approche suscitant la solidarité avec d’autres femmes – L’engagement des femmes plus anciennes de La Petite Maison est un indice qui ne trompe pas. Elles sont nombreuses à participer à divers comités, à donner des cours ou à rendre des services selon leurs aptitudes. Une femme maintenant comptable a animé des ateliers sur l’impôt, une autre vient offrir des massages, sans compter toutes celles qui prennent des responsabilités sur le comité de parents, le conseil d’administration, la « petite popote », etc. Souvent les témoignages des plus anciennes donnent à celles qui vivent encore une situation pénible l’espoir qu’il est possible de s’en sortir.
Une approche globale – La femme qui vient chez nous est aussi une mère et c’est de par le fait qu’elle soit monoparentale qu’elle se retrouve à demander des services à La Petite Maison. Ainsi, l’accompagnatrice de la femme et l’éducatrice de l’enfant travaillent très étroitement ensemble. Les difficultés que peut rencontrer l’enfant seront observées par la mère, l’éducatrice et l’accompagnatrice et elles verront ensemble à trouver les ressources adaptées. Il est aussi important d’entretenir des relations étroites avec diverses autres ressources qui peuvent aider la femme. Nous devons respecter nos limites et accompagner la femme à accepter de l’aide spécialisée si nécessaire. Une telle approche, qui inclut l’entourage immédiat et mise sur une diversité de moyens externes et internes, est éminemment préventive. Elle permet de briser l’isolement qui engendre souvent le découragement.
La qualité de l’accueil et de l’écoute, l’approche multidimensionnelle globale et, surtout, l’intensité, la durée, la constance de l’approche de La Petite Maison ont sans doute fait une grande différence dans la vie de bien de femmes cheffes de familles monoparentales et de leurs enfants. Le processus a parfois été long, mais les résultats sont observables. D’autres femmes viendront sonner tous les jours à la porte de La Petite Maison et nous serons encore là pour elles.







