Par Lorraine Desjardins, agente de recherche et de communication
Bulletin de liaison, vol. 35, no 3, mars 2011
Le 2 février 2011, la FAFMRQ présentait son mémoire sur l’égalité entre les femmes et les hommes devant la Commission des relations avec les citoyens. La Fédération est d’avis que, pour les femmes cheffes de famille monoparentale, le chemin vers l’égalité devra impérativement passer par l’amélioration de leurs conditions de vie socioéconomiques. Malheureusement, ce n’est certainement pas avec les politiques néolibérales, actuellement mises de l’avant par le gouvernement du Québec (notamment par la privatisation et la tarification des services sociaux et de santé), qu’on va y arriver. Au contraire, des mesures injustes comme celles annoncées dans le dernier budget Bachand (la contribution santé et la hausse des frais de scolarité pour ne citer que celles-là) constituent un frein important à l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les écarts grandissants entre les riches et les pauvres témoignent également des reculs importants que connaît présentement la société québécoise. Pourtant, à maints égards, le Québec a longtemps fait figure de modèle, par ses politiques familiales et sociales. Il est donc d’autant plus désolant de constater que les acquis sociaux, gagnés de chaudes luttes et en grande partie par le mouvement des femmes, soient aujourd’hui à ce point menacés.
D’entrée de jeu, la FAFMRQ a rappelé aux membres de la Commission et à la ministre responsable de la Condition féminine les revendications de la Marche mondiale des femmes, notamment l’accès à un salaire minimum qui permette de sortir de la pauvreté et la fin des catégories à l’aide sociale. Puis, elle a rappelé l’importance que les structures gouvernementales dédiées spécifiquement à l’amélioration des conditions de vie des femmes – le Secrétariat à la condition féminine et le Conseil du statut de la femme – soient non seulement maintenues, mais qu’elles soient également renforcées par l’octroi de ressources humaines et financières suffisantes. La FAFMRQ a également signifié son appui aux groupes de femmes, dont la Fédération des femmes du Québec, reconnaissant qu’ils sont les premiers à intervenir en faveur de l’égalité. Or, plusieurs groupes de défense des droits des femmes vivent présentement de graves difficultés financières, notamment en raison des coupures imposées ces dernières années, par le gouvernement fédéral, au Programme promotion de la femme de Condition féminine Canada. Le gouvernement du Québec devrait donc pallier à ces pertes financières en bonifiant le financement des groupes de défenses des droits des femmes.
Le rôle de parent
La première orientation du document de consultation visait la promotion de modèles et de comportements égalitaires; c’est sous l’angle de la famille et du rôle de parent que la Fédération a abordé la question. Or, dans le cas des responsabilités parentales ou familiales, nous croyons que les enjeux dépassent la seule division traditionnelle des rôles selon le sexe ou la simple promotion de modèles et de comportements égalitaires. Ce sont aussi les valeurs véhiculées par le modèle capitaliste et la société de consommation qui font notamment en sorte que l’organisation du travail sert davantage les profits des entreprises que les besoins des personnes et des familles. Ainsi, de plus en plus d’efforts sont exigés de la part des familles pour mieux s’adapter aux besoins du marché de l’emploi toujours plus exigeant en terme de temps et d’énergie.
Même si on observe une augmentation de l’implication des pères dans les soins donnés aux jeunes enfants, il n’en demeure pas moins que ce sont encore les femmes qui portent les enfants et les mettent au monde. Ceci fait en sorte que ce sont plus souvent les mères qui sont pénalisées parce qu’elles auront mis temporairement leur vie professionnelle en veilleuse pour s’occuper de leur enfant. Or, pour les femmes monoparentales, davantage que pour les mères en couple, le choix de rester à la maison avec un enfant en bas âge implique très souvent de vivre en situation de pauvreté. Les trois recommandations de la Fédération relativement à cette orientation étaient donc les suivantes : 1) Le maintien d’un montant de prestation additionnel à l’aide sociale, correspondant à la catégorie des personnes ayant des contraintes temporaires à l’emploi, pour les mères monoparentales qui ont de enfants de moins de 5 ans; 2) L’exemption complète des pensions alimentaires pour enfants du calcul des revenus dans les programmes gouvernementaux : aide sociale, aide financière aux études, aide au logement et aide juridique et 3) Que le gouvernement du Québec reconnaisse l’importance de réformer le droit familial et d’avoir un débat public sur l’encadrement juridique des conjoints de fait en tenant une consultation générale sur le sujet.
Vers l’égalité économique
Après avoir brossé un portrait de la situation de l’emploi pour les mères seules, la Fédération souligne que l’accès à la formation pour les responsables de familles monoparentales est un élément essentiel pour l’amélioration des conditions de vie de ces dernières. Malheureusement, les divers programmes de formation et les mesures de soutien financier qui les accompagnent sont rarement adaptés aux besoins particuliers des responsables de famille monoparentale. Ceci est vrai tant pour les formations académiques (secondaire, cégep, université) que pour les mesures de formation offertes par Emploi-Québec, d’une part en raison des responsabilités familiales qu’elles doivent assumer seules, mais également en raison du fait que certaines d’entre elles ont quitté l’école depuis longtemps. On doit ajouter que les mères seules vivent parfois des difficultés additionnelles liées à leur histoire de vie (rupture, violence conjugale, problèmes de santé physique et mentale, etc.), ce qui restreint encore davantage leur capacité d’intégrer un parcours d’insertion professionnelle. Ces personnes ont en effet besoin d’une étape préalable correspondant davantage à des activités de pré-employabilité : avant de faire des choix sur leur avenir professionnel, elles ont besoin d’un accompagnement dans d’autres sphères de leur vie.
Les recommandations de la Fédération en vue d’atteindre l’égalité économique pour les responsables de famille monoparentale étaient notamment les suivantes : le développement de services d’insertion en emploi, spécifiques et adaptés aux besoins particuliers des femmes responsables de famille monoparentale, c’est-à-dire qui tiennent compte de leur histoire de vie et de leur réalité en terme de responsabilité parentale ; la mise en place de mesures concrètes et adaptées aux besoins particuliers des responsables de famille monoparentale leur permettant un meilleur accès aux études et ce, quelle que soit leur situation socio-économique ; des modifications au Programme de prêts et bourse de façon à ce qu’il soit mieux adapté aux besoins particuliers des parents étudiants responsables de famille monoparentale ; le gel des frais de scolarité.
En matière de conciliation famille-travail-études, la FAFMRQ a réitéré ses positions habituelles. S’il est difficile pour les couples avec enfants de pouvoir concilier leurs responsabilités familiales et leur vie professionnelle, la difficulté est d’autant plus grande pour les responsables de famille monoparentale. Pour ce type de famille, il va sans dire qu’un partage plus équitable des tâches domestiques entre les hommes et les femmes n’est pas une option. Même si les enfants vivent en garde partagée en alternance chez leurs deux parents, la semaine où ils sont chez l’un d’eux, ce parent est seul à assumer l’ensemble des tâches. Si on ajoute à cela le fait que les femmes responsables de famille monoparentale occupent plus souvent que les autres types de parents des emplois à bas salaire, avec des horaires atypiques et non-syndiqués, on peut s’imaginer le stress auquel un grand nombre d’entre elles sont confrontées.
La Fédération recommande donc le maintien du réseau des services de garde éducatifs à contribution réduite et le développement de 15 000 nouvelles places, incluant des places répondant aux besoins de garde atypique et assurer la pérennité du Régime québécois d’assurance parentale en instaurant un financement mixte (financement étatique en plus du financement actuel) de façon également à inclure les femmes qui sont présentement exclues du régime. La FAFMRQ a également rappelé que la mise en place de mesures permettant de concilier la vie personnelle, la vie familiale, les études et le travail, de façon véritablement efficace, ne saurait se faire en dehors d’une politique familiale globale. De plus, une telle politique devrait être transversale, c’est-à-dire avoir des effets structurants sur les autres politiques et programmes gérés par l’ensemble des ministères et organismes gouvernementaux. Par ailleurs, l’application d’une politique de conciliation famille-travail-études devrait nécessairement être sous la responsabilité du gouvernement du Québec et non pas être gérée par les instances locales et régionales comme c’est la tendance actuellement.
Quand la pauvreté rend malade
Bien que la situation des familles monoparentales se soit passablement améliorée ces dernières années, elles sont encore parmi les plus pauvres. Or, les liens étroits entre la santé et les conditions de vie socioéconomiques n’ont plus à être démontrés. C’est bien connu, l’espérance de vie des personnes qui habitent des quartiers défavorisés est de plusieurs années inférieure à celle des personnes mieux nanties. À ce titre, les meilleures approches pouvant contribuer à la santé des femmes ne devraient-elles pas être celles qui tendent à améliorer leurs conditions de vie socioéconomiques ? Or, en juin 2010, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, également responsable de la lutte à la pauvreté, déposait son tout nouveau plan d’action gouvernemental. Dans les faits, le document propose bien peu de solutions pour véritablement améliorer la situation des personnes en situation de pauvreté ni pour réduire les inégalités sociales.
Comme la Fédération a tenté de le démontrer dans son mémoire, la pauvreté est un obstacle important à l’atteinte de l’égalité, notamment pour les femmes cheffes de famille monoparentale. Il est inadmissible qu’au sein d’une société riche comme la nôtre, des personnes et des familles vivent encore dans la pauvreté et l’exclusion. Plutôt que de multiplier les interventions auprès des populations dites « vulnérables », ne devrait-on pas assurer la couverture des besoins par des protections sociales adéquates ? Si par le ciblage des populations « à risque », notamment les enfants qui vivent au sein d’une famille monoparentale en situation de pauvreté, on cherche à endiguer les coûts économiques et sociaux de la pauvreté, ne serait-il pas plus simple de leur donner accès à des revenus qui leur permettent de manger sainement et d’occuper des logements salubres et bien chauffés ?
Le deuxième plan d’action gouvernemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes devra impérativement contenir des mesures visant la réduction des inégalités économiques. Il devra également être assorti d’un financement à la hauteur des actions proposées. Il s’agit-là d’un choix politique devant lequel l’État québécois ne saurait se défiler plus longtemps car, travailler pour l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes, c’est d’abord et avant tout travailler pour une plus grande justice sociale!






