Par Lucie Roch, présidente
Bulletin de liaison, volume 37, n°1
Saviez-vous que le gouvernement fédéral a récemment assoupli les règles de l’immigration canadienne afin de permettre aux entreprises de bénéficier plus rapidement d’une main-d’œuvre composée d’immigrant(e)s temporaires? Le programme existait déjà, mais il est désormais possible, pour une entreprise, de se procurer cette main-d’œuvre 10 jours seulement après en avoir fait la demande. Or, ces dispositions plaisent énormément aux entreprises puisqu’elles leur permettent de payer ces travailleuses et travailleurs 15% moins cher que les citoyen(ne)s canadien(ne)s et, comme il s’agit d’immigrant(e)s temporaires, ces personnes ne sont pas protégées par les lois qui régissent les normes du travail au pays.
Si je vous parle de ça, c’est que le Bulletin de liaison que vous êtes en train de lire aborde justement les effets néfastes de la précarisation de plus en plus grande du marché du travail sur les travailleuses et travailleurs. Or, on attribue généralement cette précarisation à la mondialisation de l’économie, un phénomène contre lequel les États doivent intervenir en essayant, tant bien que mal, d’en contrer les effets. Pourtant, avec ces changements récents apportés aux règles de l’immigration et destinés uniquement à faire faire davantage de profits aux entreprises, l’État est non seulement complice, mais se transforme bel et bien en architecte de cette précarisation!
Dans les pages de ce Bulletin, vous trouverez des articles qui abordent divers aspects du « fabuleux » monde du travail. Celui de Carole Henry, de l’organisme Au bas de l’échelle, nous parle des effets dévastateurs de cette précarisation sur les travailleuses et les travailleurs non-syndiqué(e)s. Jennifer Beeman, du Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail, aborde elle aussi les effets de la précarisation, mais sous la lunette de l’autonomie économique des femmes. Deux articles portent sur la conciliation famille-travail : celui de Céline Fortier, de La Source, qui nous parle d’un projet auquel cette association à abondamment contribué; et celui de Lorraine Desjardins, qui fait le compte-rendu d’un séminaire organisé récemment par le partenariat Familles en mouvance et Dynamiques intergénérationnelles de l’INRS-UCS. Un autre article, fabriqué à partir de propos recueillis auprès des membres de la FAFMRQ, tente de découvrir s’il y a eu des avancées ou des reculs au chapitre de l’emploi pour les familles qui fréquentent leur organisme. Bref de quoi susciter abondamment la réflexion!
Difficile de demeurer optimiste en ces temps où les profits des grandes entreprises se font, de façon éhontée et avec la complicité de nos gouvernements, au détriment des droits des travailleuses et des travailleurs. Difficile également de ne pas s’indigner devant les différents reculs qu’a subis la société québécoise au cours des derniers mois (entrée en vigueur de la taxe santé, hausse des frais de scolarité, adoption d’une loi spéciale hautement controversée quant à son non-respect de certains droits fondamentaux…). Bref, même si les temps sont durs, il est plus que jamais nécessaire de demeurer solidaires et mobilisé(e)s. Ce n’est qu’en y travaillant ensemble, collectivement, qu’on peut espérer avoir un jour une société plus juste et équitable!






